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Après le sodium, le sucre sur la corde raide
2015-06-23

Après la lutte au sodium, c’est au tour du sucre de se retrouver dans la ligne de mire des médias. La semaine dernière avait lieu au théâtre de l’Université Laval à Québec la première de « Sugar Coated », un film documentaire réalisé par Michèle Hozer sur l’influence de l’industrie du sucre dans l’univers politique et scientifique. Elle y compare le combat de l’industrie du tabac des dernières années à celui du sucre dans les années 70. Il est clair à voir les initiatives à travers le monde qui visent la réduction du sucre que le phénomène n’est pas restreint aux limites du Québec.

« Sugar Coated »

En entrevue avec La Presse, la réalisatrice canadienne Michèle Hozer explique comment son intérêt pour le sucre lui est venu lors d’une conférence sur l’Alzheimer et des liens que la maladie pouvait avoir avec l’alimentation.

Selon ses recherches, les scientifiques dans les années 60 s’intéressaient déjà au lien entre la trop grande consommation de sucre et les maladies cardiovasculaires, le diabète et l’obésité. Elle poursuit en comparant le combat mené par l’industrie du tabac à celui qui aurait été mené par l’industrie du sucre dans les années 60 et 70.

Ce documentaire fera certainement jaser dans les jours à venir. Rappelons que la consommation de sucre ajouté quotidienne en Amérique du Nord est de 19,5 cuillères à thé alors que la recommandation de l’OMS est de 6 à 12 cuillères à thé.

Un engagement de taille par Tesco

Tesco, un des plus grands distributeurs du Royaume-Uni, annonçait en mai dernier qu’il serait le premier à réduire de 5 % le sucre ajouté dans sa marque maison de boissons gazeuses.

La reformulation non intrusive, soit la réduction de sucre dans un produit, est la clé pour réduire les calories des boissons sucrées, selon Graham MacGregor, professeur de médecine cardiovasculaire à l’Université Queen Mary à Londres et président d’Action on Sugar, un groupe de spécialistes concernés par le sucre et ses effets sur la santé. « L’offre de produits diètes ou sans sucre ne fonctionne pas, surtout pour la classe de la société plus défavorisée. »

Ce même constat a été fait en France et au Québec avec le programme Melior. Il faut réduire la consommation de sucre de façon graduelle dans l’alimentation de la population, afin que les consommateurs s’habituent à un taux de sucre moins élevé sans s’en rendre compte.

Cette stratégie a également été utilisée au Royaume-Uni dans la réduction du sodium entre 2001 et 2011. Les grandes chaînes de distribution ont réduit de 20 à 40 % le taux de sodium dans leurs produits et on a pu observer une baisse de 15 % de sa consommation moyenne.

Un mouvement mondial toujours en croissance

Tout comme au Royaume-Uni, plusieurs pays mettent en place des initiatives afin de contrer les problèmes croissants d’obésité et de maladies cardiovasculaires en misant sur la réduction du sucre, du sel et des gras. En France, le Programme National Nutrition Santé (PNNS) mis en place depuis plus de 10 ans incite les entreprises à prendre des engagements volontaires d’amélioration de leur offre nutritionnelle. Grâce à l’Observatoire de la Qualité de l’Alimentation (OQALI), les experts français peuvent évaluer les données recueillies et tirer des résultats, qui sont très positifs jusqu’à maintenant, en fonction des mesures mises en place.

Plus près de chez nous, le programme Melior a été créé sur la base du PNNS, tout en ayant été adapté à la réalité des petites et grandes entreprises agroalimentaires québécoises. Après quatre ans d’existence, c’est déjà près de 50 engagements qui ont été pris volontairement par l’industrie agroalimentaire pour améliorer la santé de la population via son assiette, notamment en réduisant le sucre!